Danané : le conseil municipal plongé dans une crise ouverte

Les débats municipaux à Danané prennent une tournure de plus en plus sensible. En toile de fond, un projet de construction de marché continue de susciter des interprétations opposées entre membres du conseil, révélant des tensions internes qui s’expriment désormais publiquement.
La deuxième session ordinaire du conseil municipal, tenue le 29 avril 2026, a été dominée par des échanges particulièrement animés. Les discussions se sont concentrées sur le futur marché « Dan », un projet inscrit dans un partenariat public-privé basé sur le modèle BOT.
Ce dispositif, qui confie à un opérateur privé la réalisation et l’exploitation temporaire de l’infrastructure avant sa rétrocession à la commune, a fait naître de profondes divergences entre élus. Les positions exprimées ont mis en évidence des incompréhensions sur les procédures et la gouvernance du projet.
Le lendemain de cette session, deux élus locaux, Bernadin Domy et Augustin Sekaleu, ont décidé de s’adresser à la presse lors d’un point de presse tenu à l’espace Ami des femmes.
Ils affirment que leur démarche vise la transparence et la défense de l’intérêt public. À les entendre, plusieurs zones d’ombre entoureraient la mise en œuvre du projet du marché.
Ils évoquent un coût estimé à environ 1,3 milliard de FCFA, confié à une structure privée pour une période d’exploitation de quinze ans. Selon eux, certaines exigences liées aux règles de passation des marchés publics n’auraient pas été entièrement respectées.
Les deux conseillers soutiennent également que le démarrage des travaux serait intervenu avant la finalisation de toutes les validations nécessaires. Ils soulèvent aussi des interrogations sur la sélection du partenaire et sur les modalités financières de l’opération.
Autre point de préoccupation : des demandes d’avances financières adressées à certains commerçants pour l’attribution future de magasins dans le marché.
Ils estiment par ailleurs que la session du 29 avril n’a pas permis à l’ensemble des élus de s’exprimer librement sur des sujets jugés essentiels.
L’équipe municipale de Danané, conduite par le maire Lancine Diabaté Kalifa, a réagi en rejetant fermement ces accusations.

Selon le premier magistrat de ladite commune, le projet du marché aurait déjà été validé lors d’une session antérieure, tenue le 6 juillet 2024, conformément aux procédures en vigueur et transmis aux autorités compétentes.
La mairie affirme également que la dernière session du conseil s’est déroulée dans les règles, avec possibilité pour chaque élu de prendre la parole. Elle reconnaît toutefois des échanges parfois tendus, tout en rappelant le rôle du président de séance dans la gestion des débats et du climat des travaux.
Ce nouvel épisode met en lumière un climat institutionnel marqué par des divergences de plus en plus visibles au sein de la municipalité de Danané. Les désaccords, initialement techniques, semblent désormais s’inscrire dans une dynamique politique plus large.
Les élus à l’origine des dénonciations annoncent leur intention de solliciter les instances de contrôle compétentes afin d’obtenir des éclaircissements sur la gestion du dossier.
De son côté, la mairie insiste sur la nécessité de respecter les mécanismes administratifs en place et appelle à un retour à un climat apaisé pour la conduite des affaires locales.
Alors que les positions restent éloignées, le projet du marché « Dan » demeure au centre des discussions et continue d’alimenter les interrogations au sein de la commune.
Guillaume Debasseu
Correspondant à Danané

