Enfants et climat : un combat pour l’avenir dans le Tonkpi

À l’ouest de la Côte d’Ivoire, les effets du changement climatique frappent de plein fouet les écosystèmes, fragilisant les moyens de subsistance des populations et compromettant l’avenir des enfants. Dans la région du Tonkpi, autorités, communautés éducatives et partenaires internationaux s’unissent pour répondre à cette urgence.
« Le changement climatique constitue une crise des droits de l’enfant », déclarait récemment l’UNICEF. Cette affirmation trouve un écho particulièrement fort dans le Tonkpi, région montagneuse et forestière du pays, où les enfants subissent déjà les effets des dérèglements climatiques : insécurité alimentaire, pénurie d’eau, maladies hydriques, déplacements, interruptions scolaires… Le tableau est sombre. Pourtant, au cœur de cette crise, des voix s’élèvent, des initiatives naissent, et l’éducation devient un rempart contre l’effondrement.

Une forêt en péril, une jeunesse exposée
Colonel Djan Yapo Evariste, directeur régional des Eaux et Forêts du Tonkpi, ne mâche pas ses mots : « Nous risquons une catastrophe écologique si rien n’est fait d’ici 2050 ». Il décrit un paysage forestier en déliquescence, passé de 16 millions d’hectares en 1900 à moins de 3 millions aujourd’hui, rongé par le sciage clandestin, les feux de brousse et l’agriculture itinérante. Même les flancs des montagnes, pourtant zones protégées, sont grignotés par des constructions anarchiques et le concassage de granite, amplifiant les risques d’éboulements et d’érosion.
Face à cette situation, le colonel met en avant les efforts déployés : « Depuis 2018, nous avons fait de la lutte contre le sciage à façon notre priorité. Grâce à la répression, à la sensibilisation et à la promotion d’alternatives économiques, nous avons observé une baisse notable de ce phénomène. » Il insiste aussi sur les outils législatifs mis en place – code forestier, code de l’eau, et récemment, le code de la faune – pour protéger durablement les ressources naturelles. Mais il reconnaît : « Cela ne suffit pas. Il faut un changement de comportement. »

À Bogouiné, des écoles en vert et contre tout
Ce changement commence par l’éducation. Le 29 mai 2025, dans la sous-préfecture de Bogouiné, l’UNICEF et l’Inspection de l’Enseignement Préscolaire et Primaire (IEPP) de Logoualé ont lancé une vaste opération de reboisement scolaire. À Guingouiné, des centaines d’enfants ont planté des arbres dans leurs établissements, sous le regard bienveillant de leurs enseignants, parents, autorités locales et partenaires environnementaux. Thème de la journée : « Mon école est sûre, sécurisée, et je respecte l’environnement ».
Pour Jean François Basse, chef de bureau de l’UNICEF à Man, il s’agit d’un « investissement dans un avenir durable, fondé sur l’éducation et la protection de l’environnement. » Chaque école a reçu du matériel d’entretien – arrosoirs, brouettes, seaux – pour entretenir les 70 jeunes plants mis en terre. Mais le plus important reste l’engagement citoyen inculqué aux enfants. Les Comités de Veille et de Protection de l’Enfant (CVPE) ainsi que les Clubs Hygiène-Santé-Environnement (CHSE) ont animé des ateliers pour sensibiliser sur l’importance des arbres dans la régulation climatique, la qualité de l’air et la prévention de l’érosion.
Lutter pour la résilience d’une génération
Ces actions ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une stratégie globale de résilience communautaire face aux impacts du climat. Loin d’être de simples bénéficiaires, les enfants deviennent acteurs du changement, relais d’une nouvelle conscience écologique.
Car l’urgence est bien là. Comme le souligne l’UNICEF, presque tous les enfants dans le monde sont exposés à au moins un aléa climatique ou environnemental. En Côte d’Ivoire, ils sont vulnérables à des vagues de chaleur extrême, des inondations, à l’insécurité alimentaire et à la pollution de l’air. Leur droit à la santé, à l’eau potable, à l’éducation, à un environnement sain est menacé.
Eduquer, protéger, agir

Le Tonkpi, avec ses montagnes majestueuses, ses forêts encore vivantes et ses enfants pleins d’espoir, incarne à la fois le danger et l’espoir. Danger d’une catastrophe écologique si l’on continue à ignorer les signaux d’alerte. Espoir, si l’on soutient les initiatives locales comme celles de l’UNICEF, si l’on applique les lois existantes, si l’on mise sur l’éducation environnementale pour construire une jeunesse résiliente.
Comme le rappelle le colonel Djan Yapo : « Protéger notre environnement, c’est protéger notre avenir. » Et ce futur se joue, dès aujourd’hui, dans les écoles, les forêts, et les consciences des plus jeunes.
Junior Kouassi
