“Banditisme Urbain en RDC : Pourquoi les Kuluna Risquent l’Exécution”

En République Démocratique du Congo (RDC), des images diffusées par les médias locaux et les réseaux sociaux montrent des jeunes hommes menottés, l’air hagard, certains en larmes, écoutant un discours du ministre de la Justice, Constant Mutamba. D’autres scènes montrent ces individus embarqués dans des véhicules pénitentiaires pour être transférés vers des prisons hautement sécurisées, loin de Kinshasa, dans le nord-ouest du pays.
Ces jeunes, connus sous le nom de « Kuluna » (terme lingala désignant des bandes de criminels urbains), ont été condamnés par le tribunal militaire de Kinshasa-Gombe. Parmi eux, plusieurs attendent l’exécution de la peine de mort. Selon le ministre Mutamba, cette réponse ferme vise à restaurer la sécurité dans la capitale et d’autres villes touchées par les activités criminelles des Kuluna, qui inspirent une peur omniprésente parmi les citoyens.
Les Kuluna : une menace urbaine

Les Kuluna sont des bandes organisées de jeunes armés de machettes, couteaux et autres armes blanches, responsables de vols, violences et meurtres dans les zones urbaines. Ils justifient souvent leurs crimes par l’absence de perspectives d’emploi. Leur brutalité est telle que les habitants de Kinshasa évitent de sortir après 20 heures, par crainte de croiser leur chemin.
Selon les autorités, beaucoup de ces criminels sont des récidivistes qui, malgré des séjours en prison, reprennent leurs activités illicites dès leur libération. Pour endiguer cette situation, le gouvernement a lancé l’opération « Ndobo » (l’hameçon), visant à juguler le banditisme dans les grandes villes.
Un processus judiciaire accéléré

Le ministre Mutamba a indiqué que plus de 300 Kuluna ont été jugés lors d’audiences foraines. Parmi eux, 127 ont été condamnés à mort, et d’autres à des peines de 5, 10 ou 20 ans. Les condamnés à mort ont été transférés à la prison d’Angenga, célèbre pour sa sécurité renforcée.
Cependant, cette accélération des procès a soulevé des critiques. Des avocats et des organisations de défense des droits humains dénoncent des vices de procédure. Me Peter Ngomo Milambo, avocat au barreau de Kinshasa, affirme que certains des condamnés n’ont pas bénéficié d’un procès équitable et que la flagrance des faits reprochés n’a pas toujours été établie.
Une exécution incertaine
Bien que ces condamnations aient suscité des inquiétudes, Me Milambo doute que les autorités passent à l’exécution des peines. Selon lui, cette décision viserait avant tout à dissuader les criminels. En RDC, la peine de mort est autorisée par pendaison pour les civils et par fusillade pour les militaires. Mais le processus d’exécution est long : les condamnés peuvent encore faire appel ou se pourvoir en cassation. En dernier recours, le président de la République peut accorder une grâce présidentielle.
Appels au respect des droits des détenus
Amnesty International a exprimé son inquiétude face aux transferts des condamnés à Angenga, une prison où les conditions de détention sont réputées inhumaines. L’organisation demande que les détenus soient placés dans des établissements accessibles aux avocats, familles et défenseurs des droits humains.

En réponse, le ministre Mutamba a annoncé des projets de construction de nouvelles prisons pour désengorger les établissements existants et améliorer les conditions de détention. Il a également salué une diminution du banditisme à Kinshasa, attribuée à la fermeté des mesures prises.
Un enjeu sécuritaire et juridique
Le rétablissement de la peine de mort en RDC, après deux décennies de suspension, reflète la volonté des autorités de répondre à la montée de l’insécurité. Toutefois, cette décision soulève des interrogations sur le respect des droits des accusés et la légitimité d’une peine aussi sévère dans un contexte où les dysfonctionnements du système judiciaire sont régulièrement pointés du doigt.
Marie Blessing à Abidjan
