(Multimédia) Un styliste ivoirien mise sur l’éco-mode pour redynamiser l’image d’une commune d’Abidjan (REPORTAGE)

M. Kamissoko a commencé à apprendre la couture à l’âge de 14 ans. Après le décès de son père, il a choisi de poursuivre dans cette voie et d’en faire son métier. « A cette époque, je n’avais pas beaucoup de choix, mais je savais clairement ce que j’aimais : faire des vêtements », se souvient-il. Au fil des années d’apprentissage et d’expérimentation, il a développé une approche fondée sur la « transformation » et « l’expression ».
Dans ses créations, les matériaux portent souvent une signification particulière. Dans une série inspirée du téléphone portable, il a assemblé des milliers de petits composants pour concevoir des tenues illustrant l’impact des communications modernes sur la vie quotidienne. « Le téléphone permet de connecter le monde (…) C’est cela, sa signification », explique-t-il.
Le caoutchouc figure parmi les matériaux qu’il utilise le plus. Très répandu localement, mais difficilement biodégradable, il pose des défis environnementaux à long terme. En l’intégrant à ses créations, M. Kamissoko explore de nouvelles pistes tout en sensibilisant le public. « Certains matériaux en caoutchouc mettent des centaines d’années à se décomposer. S’ils sont jetés n’importe comment, ils nuisent à l’environnement. Nous pouvons trouver une autre manière de les utiliser », souligne-t-il.
A travers ses œuvres, il cherche ainsi à donner une seconde vie à des matériaux non biodégradables tout en promouvant une conscience écologique. Ses créations attribuent de nouvelles fonctions aux matières et offrent des effets visuels variés.
Dagnogo Mamadou, qui tient un café à proximité de l’atelier, a suivi le parcours du créateur depuis près de 15 ans. M. Kamissoko s’y rend presque chaque jour pour prendre un café, observer le va-et-vient des passants et puiser son inspiration dans la vie du quartier. « C’est un véritable créateur », assure M. Mamadou. « Chaque fois qu’il entre dans le café, on a l’impression qu’une ‘star’ arrive ». Aujourd’hui, M. Kamissoko est devenu une figure bien connue de la communauté.
Au-delà de la mode, il s’investit activement dans l’organisation d’initiatives culturelles. Le festival Abobo Fashion Art, qu’il a fondé, s’apprête à célébrer sa septième édition et attire des créateurs venus de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que de l’Europe. L’événement est devenu un rendez-vous culturel majeur, attirant un large public et des professionnels du secteur, dynamisant l’activité économique locale et contribuant à transformer l’image d’Abobo.
Pour M. Kamissoko, la mode est à la fois un moyen d’expression personnelle et un levier de transformation sociale. « Nous voulons montrer aux jeunes qu’ils ne sont pas obligés de partir pour réussir ; ils peuvent créer de la valeur ici », affirme-t-il. Grâce à ces initiatives, de plus en plus de jeunes s’intéressent aux métiers de la mode et des industries créatives.

Dans son atelier, plusieurs apprentis se forment à ses côtés. Mohamed Diabaté, 28 ans, explique avoir été séduit par la créativité de son maître : « Il peut réaliser des œuvres différentes avec toutes sortes de matériaux ». Un autre apprenti, Ismaël Traoré, insiste sur l’importance du savoir-faire : « Il accorde une grande attention aux finitions et aux détails. Ici, on apprend non seulement la créativité, mais aussi à perfectionner son travail », dit-il.
M. Kamissoko accorde également une grande importance à l’intégration des éléments culturels locaux dans ses créations. La Côte d’Ivoire, riche de sa diversité ethnique, dispose d’un vaste patrimoine textile traditionnel. « Chaque tissu a son propre nom, ainsi que des couleurs et des motifs uniques », explique-t-il, soulignant que ces ressources constituent une source d’inspiration inépuisable.
Pour l’avenir, le créateur ambitionne de s’ouvrir davantage à l’international. « J’aimerais avoir l’occasion d’aller en Chine, en Europe, aux Etats-Unis et au Canada pour présenter mes œuvres », confie-t-il.
De simple apprenti tailleur à designer engagé dans l’éco-création, organisateur culturel et mentor pour la jeunesse, Ibrahim Kamissoko ne cesse d’élargir son champ d’action. A Abobo, il fait de la mode un trait d’union entre sensibilisation environnementale, expression artistique et renouveau urbain, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la jeune génération.
